Centre Culturel Hâ 32
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Après la Conférence du 5 mars 2019

« Protestantisme et islam, de la polémique à la sympathie – XVIème-XVIIIème siècles », avec Pierre-Olivier Léchot, doyen de l’Institut protestant de théologie de Paris

 

Nous étions une soixantaine, au Centre culturel Hâ 32, à Bordeaux, pour écouter Pierre-Olivier Léchot, professeur d’histoire et doyen de l’Institut protestant de théologie de Paris, venu nous parler sur « Protestantisme et Islam, de la polémique à la sympathie – XVIème-XVIIIème siècles ».

Après avoir indiqué que les Réformateurs protestants avaient des représentations multiples de l’Islam, allant du rejet à la fascination, le conférencier a abordé le sujet en le replaçant dans sa perspective historique. En 1517, ce qui retient l’attention, c’est, après l’anéantissement de l’Empire romain d’Orient en 1453, l’expansion fulgurante de l’Empire ottoman sur les rives orientale et australe de la Méditerranée, conquérant en trois semaines la Syrie, la Palestine, l’Egypte, la Lybie et la Tunisie, ouvrant l’accès à la Sicile et à l’Italie du Sud. En 1526, c’est l’écrasement de l’armée hongroise à la bataille de Mohacs et le début de l’installation durable des Turcs en Europe centrale. Et en 1529, les armées turques sont aux portes de Vienne, menaçant la capitale de l’Empire des Habsbourg.
Cette progression, dans le contexte de la Réforme naissante, est ressentie comme un fléau de Dieu, une punition des chrétiens.
Confronté au rejet de ses thèses par la Papauté, Luther s’interroge ; il ne considère pas Mahomet comme l’Antéchrist, mais comme un païen qui tue les corps, mais ne ruine pas les âmes. Rejetant l’idée de combattre les Mahométans par les armes, car il estime illicite d’en appeler à la foi chrétienne pour justifier ce combat, il préconise la confrontation théologique et donc la nécessité de connaître l’Islam, dans sa foi et ses pratiques. A partir des rares relations dont on dispose alors, récits de voyage ou de captivité, ouvrages théologiques, il s’efforce de se faire une image aussi claire que possible des enseignements du Coran qui ne lui est accessible que par extraits.
A sa suite, Théodore Bibliander ( 1504(9)-1564) est convaincu que la meilleure façon de lutter contre l’Islam est de le réfuter. A cette fin, il apprend l’arabe, traduit de Coran en latin à partir de manuscrits amenés à Bâle par Jean de Raguse et en réalise la première édition imprimée en 1543. Bibliander est frappé par le fait que le Coran donne une image positive du Christ et, suivant l’opinion de Jean Damascène, pense que l’Islam est en réalité une hérésie chrétienne. Il préconise même un enseignement de l’Islam à l’Université, ne serait-ce que pour le réfuter.
Originaire d’Espagne, Michel Servet (1511-1553) a côtoyé des musulmans, dont la présence était forte à l’Université de Salamanque. Cherchant à les convaincre, il constate que, pour eux, l’obstacle principal à la conversion est le dogme trinitaire. Pensant en percevoir une critique chez certains Réformateurs comme Mélanchton, il pense que ce dogme peut être abandonné, conforté en cela par la publication du Coran et les ouvrages de Bibliander.
Au XVIIème siècle, la fascination érudite de Bibliander se développe à l’Université de Zurich, où Jean Henri Hottinger (1620-1667) étudie le monde arabe, recherchant vainement le manuscrit originel du Coran, mais ouvrant une recherche qui se développera en islamologie. Il en est de même à l’Université de Leyde, avec un intérêt plus marqué pour une approche philologique, avec une étude critique du Coran et de son histoire, mais également une valorisation d’une approche objective, par la description non polémique de la religion musulmane. Cette approche est souvent le fait de savants proches des milieux déistes qui, au-delà des différences religieuses, préconisent une paix entre les religions, sur la base d’une religion naturelle, opinion qui a influencé les philosophes des Lumières. On en arrive alors à une vision plus apaisée de l’Islam, voire à une critique du Christianisme, mais surtout à la conclusion que c’est par l’échange que l’on arrivera à l’apaisement des relations.


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