Centre Culturel Hâ 32
Accueil Qui sommes-nous ? Annonces

Navigation

Midi-14 du 7 avril 2016 – Sur le thème "Le corps en questions"

L’homme augmenté, mythes et limites, avec David PUCHEU (Sociologue des techniques)

 

Parler d’homme augmenté relève du pléonasme : il y a très longtemps que, sans en avoir clairement conscience, l’homme s’est augmenté. Maîtriser le feu lui a permis d’étendre le nombre des aliments qu’il pouvait consommer et assimiler. Écrire a été un moyen d’outrepasser les limites de la mémoire. Utiliser un moyen de locomotion lui a permis de couvrir des distances plus grandes, avec une fatigue moindre…Autant d’exemples qui montrent que cette démarche est depuis longtemps inscrite dans l’histoire des hommes. Pourtant avec l’avènement de la révolution industrielle, avec les machines utilisant la vapeur puis l’électricité, une sorte de dialogue s’est établi entre l’homme et la machine, l’un se servant de l’autre ou la servant. On a adapté les machines à l’homme par une ergonomie étudiée, mais on a aussi amené l’homme à s ‘adapter à la machine, dans une vision organiciste de celui-ci. Ses mouvements ont été scrutés et décomposés en séquences, de manière à éliminer temps morts et gestes inutiles, dans un souci de rentabilité du système de production. Avec le numérique et les biotechnologies, un nouveau seuil a été franchi, la mathématisation du monde est en marche. La biotechnologie ouvre à la manipulation du vivant….
De la convergence…
Dans le domaine militaire des recherches ont depuis longtemps été menées pour parvenir à une meilleure efficacité des dispositifs défensifs ou offensifs. Ainsi pour intercepter une bombe, il faudra en connaître notamment la vitesse et la trajectoire pour pouvoir l’atteindre avant qu’elle n’ait anéanti sa cible. Il faudra donc munir le dispositif d’interception de capteurs permettant de mesure ces données et d’une mémoire pour les confronter et adapter ainsi l’intervention du dispositif. On pourra même envisager de mettre au point une machine capable de fonctionner sans autre intervention humaine que celle de son concepteur. Actuellement des machines sont capables de stocker et d’analyser les traces laissées par l’homme (localisation par son téléphone portable, profilage commercial par les achats qu’il a payés au moyen de sa carte bancaire, ensemble de ses relations personnelles telles que permettent de les établir ses mails ou ses « amis » sur la Toile…). De même des machines sont capables, grâce à leur puissance de calcul, d’apprendre, d’écrire des romans…De là est apparue l’idée d’une convergence entre les organismes vivants et les machines, l’idée de créer une sorte d’être hybride susceptible d’être amélioré, comme une machine peut l’être, le corps devenant une sorte d’interface à différents dispositifs techniques propres à en améliorer les performances dans les domaines les plus divers : exosquelette, casque de réalité augmentée, prothèses mues à partir des influx neuronaux visant à l’exécution de mouvements…
… à l’immortalité…
Les biotechnologies ont fait penser que l’immortalité est à la portée de l’homme ! Ces techniques recèlent des enjeux humains et économiques considérables, car si les recherches qu’elles supposent mobilisent des moyens considérables, elles suscitent des appétits encore bien plus importants. Seules de très grandes sociétés nanties de moyens économiques colossaux ont la possibilité de s’engager dans ces recherches, avec l’ambition non déguisée non seulement d’en tirer le plus grand profit mais surtout de s’assurer une position de domination. Mais alors que son avenir est en question, voire en danger, que peut faire l’homme ? Bien sûr, chaque citoyen est appelé à une réflexion sur le choix de société. Il s’agit d’un débat politique, au sens le plus élevé du terme, dans lequel les intellectuels et les responsables religieux doivent trouver leur place, sans que le champ soit laissé entièrement libre aux apprentis sorciers.
Jean-Pierre Bouscharain


Retour au sommaire