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[ Avertissement : les points de vue développés dans le texte qui suit sont ceux de l'auteur et n'engagent pas le Centre Hâ 32 qui a pour habitude de ne pas prendre parti dans les débats de société qu'il suscite. ]
Après la soirée du 6 mars 2014 – dans le module : une suite sur le TEMPS

L’urgence et le risque, avec Hubert SEILLAN, Rédacteur en chef de la revue "Préventique"

 

Les interventions d’urgence, les situations d’urgence, les urgences, l’urgence caractérisent notre société contemporaine. Le mot rythme le fonctionnement de toutes les organisations politiques, économiques et sociales ainsi que nos comportements et modes de pensée. Cette évolution qui est source de nouveaux dangers, appelle des capacités d’analyse renforcées. Or, l’urgence tend plutôt à les affaiblir.

Pour illustrer ce propos liminaire et poursuivre au-delà de l’intervention de M. Seillan du 4 mars et des réponses aux questions qu’elle a soulevées, on trouvera ci-après le texte d’introduction d’un dossier publié dans le numéro 132 de la revue Préventique de novembre-décembre 2013 (http://www.preventique.org/content/lurgence-et-le-risque) et un lien sur l’avis de publication d’un ouvrage de cet auteur (http://www.preventique.org/Livres/la-pr%C3%A9ventique-en-t%C3%AAte). Cet ouvrage sera prochainement présenté dans les salons de la librairie Mollat.

L’urgence et le risque

dossier établi par Hubert Seillan

Les interventions d’urgence, les situations d’urgence, les urgences, l’urgence caractérisent notre société contemporaine. Le mot rythme le fonctionnement de toutes les organisations politiques, économiques et sociales ainsi que nos comportements et modes de pensée. Cette évolution qui est source de nouveaux dangers, appelle des capacités d’analyse renforcées. Or, l’urgence tend plutôt à les affaiblir. Ce paradoxe est l’objet de ce dossier.

Il y a deux manières principales de voir l’urgence. D’une part comme cadre des métiers d’intervention et d’autre part comme norme économique et sociale. Ainsi, la survenance de catastrophes appelle des réactions d’urgence de toute une chaîne de professionnels aux missions diverses. Il en est de même en cas de détection de dangers graves et imminents. Mais l’urgence est devenue au moins depuis plus d’un siècle, une norme économique qui a progressivement donné naissance à une norme sociale, qui gouverne notre vie quotidienne.

À cet égard, les marchés financiers qui fonctionnent dans des horizons extrêmement courts, de l’ordre du « nanotemps », semblent avoir imprimé ce rythme au monde politique, de l’économique et du social. De sorte que les juristes y perdent leur latin. Nous ne fonctionnons plus sur le mode projet, mais paradoxalement, ce mot dont on ne maîtrise plus bien les exigences, est utilisé de plus en plus. Ne portant aucune vision d’avenir, le terme est devenu une notion floue. Or la notion d’urgence, étant étroitement associée au présent tend à se substituer à celle de projet, matrice du futur. Mais celle-ci étant fortement dévaluée, les analyses, évaluation et décisions sont concentrées dans le champ étroit du très, très court terme.

Dans le dossier que nous avons publié récemment sur la mémoire vivante des risques (note 1), nous avions déjà montré l’attachement de notre société au présent et son détachement du passé et du futur. Or, l’urgence interdit aux mécanismes essentiels de notre société développée de raisonner dans le temps long du passé vers le futur. Son asservissement autour de l’instant conduit donc à un certain anéantissement de la pensée. Ne voyant plus son avenir, la société de l’urgence fonctionne en acmé ou en mode survie. Elle est également confrontée à ce grave dilemme, qui veut que « la dynamique annule le changement et réciproquement » (note 2). Il est en effet avéré que plus on se meut dans l’urgence et moins on change, et que plus on change et moins on est dans l’urgence du mouvement. La difficulté du problème qui nous est posé est que nous devons trouver un équilibre à ces deux réalités de notre existence.

La situation nous paraît particulièrement inquiétante ici à Préventique où, depuis 1985, numéro après numéro, nous nous efforçons de ne pas succomber aux maléfices de cette nouvelle norme sociale. Nous savons pourtant que nombre de nos lecteurs nous font part régulièrement de leur souci d’avoir des réponses pratiques immédiates. La formule pratico-pratique souvent utilisée traduit assez bien cette évolution. Nous y avons souvent opposé l’argument que le risque étant le futur, ne plus voir celui-ci conduit à ne plus voir le risque. Mais la force des faits domine aujourd’hui celle des idées.

En formant le projet de publier dans ce numéro un petit dossier sur l’urgence, je souhaite apporter aux lecteurs un éclairage sur ce phénomène moderne d’émiettement du temps qui renouvelle considérablement la notion. Dans une société qui banalise ainsi l’urgence, sa réalité est devenue difficilement perceptible. C’est ce qui permet aussi de comprendre que sur nombre de sujets ayant pourtant un caractère d’urgence absolue, la capacité de décision est particulièrement faible. Cette intention, qui doit beaucoup au livre de Christophe Bouton, "Le temps de l’urgence", présenté dans le dernier numéro (note 3), nous permet de réunir les analyses d’auteurs très variés, sans cependant être tentée par l’exhaustivité.

1 Préventique n° 129, mai-juin 2013
2 Antonio Machado dans son livre "Juan de Mairena", Éd. du Rocher 2006.
3 Ch. Bouton, "Le temps de l’urgence", Le Bord de l’eau 2013, cf. Préventique n° 131, septembre-octobre 2013,


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