Centre Culturel Hâ 32
Accueil Qui sommes-nous ? Annonces

Navigation

[ Avertissement : les points de vue développés dans le texte qui suit sont ceux de l'auteur et n'engagent pas le Centre Hâ 32 qui a pour habitude de ne pas prendre parti dans les débats de société qu'il suscite. ]
Après le midi-14 du 6 février 2014 – Dans le module : une suite sur le temps

Marcel Proust et le temps, avec Catherine Bouscharain, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, Professeur agrégé de lettres classiques

 

Dans le cadre de son programme d’activités 2013-2014 le centre culturel Hâ 32 a proposé un midi-14, le jeudi 6 février à 12h 30, sur :

Proust et le temps

Bien loin d’être une évocation nostalgique du temps passé "A la recherche du temps perdu” présente le long cheminement d’un être en quête d’absolu qui trouve son salut dans la création artistique, cela grâce au miracle de la réminiscence qui permet de retrouver et de transfigurer le réel.

Le texte ci-dessous reprend l’essentiel de la conférence donnée par Mme Bouscharain.

Proust a beaucoup hésité avant de choisir le titre définitif de son œuvre — il avait pensé à « Stalactites du temps écoulé », « La patine du temps », « Reflets du passé », « Vestiges du passé » — mais il a opté pour « A la recherche du temps perdu », titre qui reste un peu ambigu tant du point de vue du fond que de la forme. En effet on ne saurait interpréter « temps perdu » comme « temps gaspillé » car Proust a pour but de faire appréhender par le lecteur le temps écoulé, cela dans l’épaisseur de la durée et il a toujours affirmé qu’il ne voulait écrire de mémoires, de chroniques ni d’autobiographie. Son œuvre est une fiction, un roman et peut-être même un roman policier, comme l’a dit Ramon Fernandez.

I « A la recherche du temps perdu », une enquête ambitieuse :

I.1 C’est une enquête difficile.

En effet, l’enquêteur est aussi le sujet de l’enquête. La Recherche est un roman à la première personne, mais le « je » est double. Il y a le « je » du narrateur âgé qui mène l’enquête et le « je » du héros qui vit l’intrigue. L’emploi des temps — le présent pour le narrateur âgé et l’imparfait ou le passé simple pour le héros — permet de ne pas les confondre. Comme le dit Proust lui-même dans l’expérience de la petite madeleine : « grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. »

I.2 L’objet de l’enquête est ambitieux.

L’objet de l’enquête est particulièrement ambitieux, puisque le narrateur a pour adversaire le Temps et qu’il est en quête d’intemporel, d’éternel. Il y a dans le livre une dialectique du temps et de l’intemporel et comme l’a dit Georges Poulet : « c’est le récit d’une existence en quête de son essence. »

I.3 De rares indices existent.

Néanmoins, les indices existent, mais ils sont rares. Le premier, et le plus célèbre est celui de la petite madeleine. Le narrateur âgé, fatigué, se voit offrir par sa mère une tasse de thé, accompagnée d’une petite madeleine , et la réminiscence surgit au prix d’un long effort. Dans l’analyse du bonheur qui est le sien, le narrateur constate que « quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles, mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir sur leurs gouttelettes presque impalpables, l’édifice immense du souvenir. » Et le narrateur entrevoit que cette résurrection du passé permettra la création littéraire ou artistique : « chercher ? dit-il pas seulement : créer. » Mais l’expérience reste partielle et le narrateur reconnaît qu’il lui faut remettre à plus tard l’explication du bonheur qui l’a envahi.
De même, il connaît une extase esthétique devant les aubépines, mais ne parvient pas à l’expliquer. « La haie formait une suite de chapelles qui disparaissaient sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoir… mais j’avais beau rester devant les aubépines… elles m’offraient indéfiniment le même charme, avec une profusion inépuisable, mais sans me le laisser approfondir davantage ».
Dès son enfance, le narrateur sent l’appel de la vocation artistique et lors d’une promenade aux environs de Combray, il découvre le bonheur de l’admiration esthétique et parvient à créer, à écrire un texte qui fixera ce moment d’éternité. Devant les clochers de Martinville et celui de Vieuxvicq, il éprouve ce plaisir spécial qui ne ressemble à aucun autre ; allant jusqu’au bout de son impression, il a une pensée qui se formule en mots dans sa tête et il demande du papier et un crayon pour écrire. « Sans me dire que ce qui était caché derrière les clochers de Martinville devait être quelque chose d’analogue à une jolie phrase puisque c’était sous la forme de mots qui me faisaient plaisir que cela m’était apparu, je composai, pour obéir à mon enthousiasme le petit morceau suivant…et quand j’eus fini d’écrire, je me trouvai si heureux, je sentais qu’elle m’avait si parfaitement débarrassé de ces clochers et de ce qu’ils cachaient derrière eux, que, comme si j’avais été moi-même une poule, et si je venais de pondre un œuf, je me mis à chanter à tue-tête . »
De même, à Balbec, le narrateur est sollicité par la beauté de trois arbres aperçus du côté d’Hudimesnil ; « tout d’un coup, je fus rempli de ce bonheur profond que je n’avais pas souvent ressenti depuis Combray un bonheur analogue à celui que m’avaient donné, entre autres, les clochers de Martinville. Mais cette fois, il resta incomplet…Je regardais les trois arbres, je les voyais bien, mais mon esprit sentait qu’ils recouvraient quelque chose sur quoi il n’avait pas de prise… Ce plaisir dont l’objet n’était que pressenti, que j’avais à créer moi-même, je ne l’éprouvais que de rares fois, mais à chacune d’elles, il me semblait que les choses qui s’étaient passées dans l’intervalle n’avaient guère d’importance et qu’en m’attachant à sa seule réalité, je pourrais commencer enfin une vraie vie. »
Dernier exemple d’indice grâce auquel le narrateur comprend ce que peut être la création artistique, sa visite dans l’atelier d’Elstir.
« Quand je fus dans l’atelier, je me sentis parfaitement heureux, car par toutes les études qui étaient autour de moi, je sentais la possibilité de m’élever à une connaissance poétique, féconde en joies, de maintes formes que je n’avais pas isolées jusque là du spectacle total de la réalité. Et l’atelier d’Elstir m’apparut comme le laboratoire d’une sorte de nouvelle création du monde…Je pouvais discerner que le charme de chacune des toiles consistait en une sorte de métamorphose des choses représentées, analogue à celle qu’en poésie on nomme métaphore et que, si Dieu le Père avait créé les choses en les nommant, c’est en leur ôtant leur nom ou en leur en donnant un autre qu’Elstir la recréait. »

Grâce à ces expériences, certes incomplètes, le narrateur parvient au terme de son enquête et dans « Le temps retrouvé » il fait les expériences définitives qui vont lui permettre de triompher du temps et de commencer à écrire. Invité à une matinée chez la Princesse de Guermantes, le narrateur, âgé, fatigué après un long séjour en maison de repos, va faire une triple expérience, complémentaire de celle de la petite madeleine.
Butant contre des pavés mal équarris de la cour de l’hôtel de Guermantes, il éprouve « la même félicité qu’à diverses époques de sa vie lui avaient donnée la vue d’arbres qu’il avait cru reconnaître dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d’une madeleine trempée dans une infusion, tant d’autres sensations que les dernières œuvres de Vinteuil lui avaient paru synthétiser. » Les pavés mal équarris ressuscitent Venise dans l’esprit du narrateur. Puis un maître d’hôtel lui apporte un plateau avec une serviette « dont la raideur empesée est celle même du linge de Balbec ». Enfin une cuiller qui tinte sur une assiette fait renaître un bruit entendu jadis en voyage. C’est alors tout un contrepoint de souvenirs qui se dessine dans l’âme de l’écrivain affranchi de l’ordre du temps. Et le narrateur comprend enfin ce que peut être une vocation artistique, vocation qui ne peut se nourrir que de « l’essence des choses ».
« Qu’un bruit, qu’une odeur, déjà entendu ou respirée jadis, le soit de nouveau, à la fois dans le présent et dans le passé, réels, sans être actuels, idéaux, sans être abstraits, aussitôt l’essence permanente et habituellement cachée des choses se trouve libérée et notre vrai moi qui, parfois depuis longtemps semblait mort mais ne l’était pas entièrement, s’éveille, s’anime en recevant la céleste nourriture qui lui est apportée. Une minute affranchie de l’ordre du temps a recréé en nous, pour la sentir, l’homme affranchi de l’ordre du temps. Et celui-là, on comprend qu’il soit confiant dans sa joie, même si le simple goût d’une madeleine ne semble pas contenir logiquement les raisons de cette joie, on comprend que le mot de « mort » n’ait pas de sens pour lui ; situé hors du temps, que pourrait-il craindre de l’avenir ? »
Proust a répété que son livre était l’histoire d’une vocation et c’est en s’appuyant sur ce qu’il appelle « les gisements profonds de son sol mental » que le narrateur va pouvoir écrire. Le roman est donc bien une lutte contre le temps qui passe : assuré de sa victoire sur le temps et conscient de ses dons littéraires, le narrateur va pouvoir écrire non pour évoquer nostalgiquement le passé, mais pour le réactualiser, en montrer la permanence, la réalité, la vérité.

II Contenu de l’œuvre :

II.1 C’est une œuvre très construite, très structurée.

Desservi par la longueur de son œuvre et par les exigences de ses éditeurs, Proust a toujours rappelé que son œuvre était très construite, à l’instar d’une cathédrale ou d’une symphonie. En effet, il affirme avoir écrit simultanément le premier chapitre de son œuvre et le dernier. Les expériences de la matinée chez la Princesse de Guermantes parachèvent celle de la petite madeleine. La construction du livre est donc circulaire et la fin du livre nous ramène au tout début, lorsque le narrateur peut enfin commencer à écrire. Inversement, le début du livre correspond à la fin. Le passé va être recréé, les impressions profondes, restituées et transfigurées.

II.2 La chronologie de l’œuvre est très nouvelle.

Le narrateur récuse la chronologie traditionnelle qui est linéaire, sans épaisseur et peu vraisemblable. La chronologie « historique » est certes respectée, mais la « Recherche » n’est pas un live d’histoire. Écrite à la première personne, la chronologie de la « Recherche » est très subjective et restitue bien plus la durée que la linéarité du temps. C’est une chronologie qui s’étend sur quatre générations, de 1850 à 1920 environ. En effet, il y a la génération des grands parents, celle de Madame de Villeparisis, la génération des parents, celle de Swann, de Charlus, la génération du héros, celle de Gilberte, d’Albertine, de Bloch et de Saint Loup, et, à la fin du « Temps retrouvé », apparaît la fille de Gilberte et de Saint Loup qui constitue la quatrième génération.
Cette chronologie privilégie les moments forts, les moments clés et ces moments sont rapportés à travers l’expérience subjective tant du narrateur que de ses personnages. Ainsi l’affaire Dreyfus est évoquée dans le roman, non dans la succession historique des évènements, mais à travers les prises de position dreyfusarde ou antidreyfusarde des personnages. De même, la guerre de 1914 est présente dans le « Temps retrouvé », mais loin que nous suivions les évolutions historiques du front, nous entendons Saint Loup présenter ses réflexions sur la tactique suivie par les généraux français et nous voyons Françoise, la servante, s’inquiéter pour un petit jeune du village envoyé au front.
A l’instar de Flaubert, Proust utilise beaucoup les « blancs » et laisse de côté des pans entiers de la chronologie qui lui semblent sans intérêt.

II.3 C’est une œuvre symphonique en ce qu’elle est construite par thèmes.

Le narrateur aborde tous les grands thèmes de la vie humaine tels que la vie, la mort, la jalousie, le snobisme, le mal, la souffrance, l’oubli, l’art… Les thèmes sont lancés, se développent et trouvent leur aboutissement dans le « Temps retrouvé ».
Ainsi, le thème de la mort est abordé à travers la mort de Swann, la mort de la grand-mère et la mort de Bergotte.
La mort de Swann passe presque inaperçue du fait de l’égoïsme du duc et de la duchesse de Guermantes qui, soucieux de participer à une soirée mondaine, ne font aucun cas des avertissements de Swann qui sait qu’il ne les reverra plus.
La mort de sa grand-mère est perçue par le narrateur dans les intermittences du cœur. Retrouvant sa grand-mère grâce à la mémoire affective, le narrateur comprend combien il il avait fait peu de cas de son décès et il perçoit enfin qu’elle est définitivement disparue.
Quant à Bergotte, il meurt en allant voir le fameux « petit pan de mur jaune » mais c’est une mort presque heureuse puisqu’il perçoit l’absolue perfection de la peinture de Vermeer.
De même, comme autant de thèmes, les personnages sont présentés puis acquièrent de l’importance au fil du roman.
La jolie dame en rose, Odette de Crécy, est la maîtresse du grand-oncle du narrateur, puis devient Madame Swann et est l’objet de tout le livre « Un amour de Swann », pour devenir enfin Madame de Forcheville.
Elstir, surnommé Biche par les Verdurin, deviendra le grand artiste impressionniste du livre.
Charlus, présent dès le début du livre, jouera un grand rôle dans la vie du narrateur et finnira de façon misérable dans le « Temps retrouvé ».
On pourrait dire cela de tous les personnages et, à travers eux, Proust nous donne une peinture de la société à un moment du temps. C’est une peinture qui n’est pas abstraite, globale, historique, mais partielle, subjective au travers d’individus très particuliers qui évoluent et font évoluer la société. Voulant créer une « psychologie dans le temps » comme il existe une géométrie dans l’espace, Proust s’attache à l’évolution des personnages et essaie de dégager de grandes lois psychologiques ou morales.
L’évolution des personnages s’achève, dans le « Temps retrouvé » par un tableau terrible d’hommes âgés, vieillis, défigurés parfois du fait de leur vie et de leurs vices.
« Le vieux duc de Guermantes n’était plus qu’une ruine, mais superbe, et moins encore qu’une ruine, cette belle chose romantique que peut être un rocher dans la tempête. Fouettée de toutes parts par les vagues de souffrance, de colère de souffrir, d’avancées montantes de la mort qui la circonvenaient, sa figure, effritée comme un bloc, gardait le style, la cambrure que j’avais toujours admirés ; elle était rongée comme une de ces belles têtes antiques trop abîmées mais dont nous sommes trop heureux d’orner un cabinet de travail . »
Le narrateur lui-même prend conscience de son vieillissement mais il ne se désespère nullement car en découvrant la fusion du côté de chez Swann et du côté de Guermantes en la personne de Mademoiselle de Saint Loup, il comprend quel a été son cheminement et quelle est la matière de son œuvre. Parti à la recherche de ce qu’il y avait derrière les noms — noms de pays, noms de personnes — il comprend le rôle du temps et va pouvoir vaincre le temps par l’évocation artistique du passé.

III La victoire de l’art sur le temps :

L’art seul permet de l’emporter sur le temps. Dans tout le roman, l’art tient une place essentielle et c’est grâce aux artistes que le narrateur entrevoit la possibilité d’atteindre l’absolu, l’intemporel.
Les trois artistes du livre, Bergotte, Elstir et Vinteuil, quelle que soit la médiocrité de leur vie d’homme, sont parvenus à exprimer leurs expressions les plus authentiques « car ils ont atteint les gisements profonds de leur sol mental. » Il en est ainsi de Vinteuil qui à travers la « blanche sonate » et le « rougeoyant septuor » a produit une musique parfaitement originale.
« C’est bien un accent unique auquel s’élèvent, auquel reviennent malgré eux ces grands chanteurs que sont les musiciens originaux et qui est une preuve de l’existence irréductiblement individuelle de l’âme… Chaque artiste semble comme le citoyen d’une patrie inconnue, oubliée de lui-même, différente de celle d’où viendra, appareillant pour la terre, un autre grand artiste… »
De même, en contemplant les marines d’Elstir, le narrateur découvre qu’elles traduisent une seule et même vision du réel. « Mais les rares moments où l’on voit la nature telle qu’elle est, poétiquement, c’était de cela qu’était faite l’œuvre d’Elstir. Une de ses métaphores les plus fréquentes dans les marines était justement celle qui, comparant la terre à la mer, supprimait entre elles toute démarcation. C’était cette comparaison, tacitement et inlassablement répétée dans une même toile, qui y introduisait cette multiforme et puissante unité. »
La répétition de certains thèmes ou métaphores témoigne de l’authenticité d’un grand artiste. Ne reconnaît-on pas très vite un tableau de Rembrandt, de Vermeer ou une musique de Mozart ?
En dehors de trois grands artistes du roman, tous les personnages sont concernés par l’art, mais ils ne sont ni des créateurs ni des admirateurs très compétents. Swann et Charlus sont les plus grands amateurs d’art du roman et ce sont eux qui initieront le narrateur en lui faisant connaître l’œuvre de Bergotte, les peintures d’Elstir ou la musique de Vinteuil. Mais Swann comme Charlus sont bien trop mondains et soucieux de leur vie personnelle pour devenir eux-mêmes des artistes. Ils commettent le péché, rédhibitoire aux yeux de Proust, de dilettantisme : ils connaissent les œuvres d’art, en parlent avec science mais passent leur temps à vouloir retrouver dans la réalité les modèles de l’artiste. C’est ainsi que Swann aime Odette, parce qu’il retrouve en elle Séphora, la fille de Jéthro, peinte par Botticelli dans la Chapelle Sixtine. Les Guermantes apprécient la peinture d’Elstir ou la musique de Vinteuil, mais ils ne se soucient absolument pas de création. Madame de Villeparisis, comme Sainte Beuve, n’aime les artistes que si elle les a connus et rencontrés. Françoise, elle-même, perçoit l’intérêt du narrateur pour la lecture, mais déplore que les livres soient irréels.

---------------------

Pour être victoire sur le temps, l’art doit être l’expression de la vérité de l’artiste car « la grandeur de l’art véritable, c’est de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l’avoir connue et qui est tout simplement notre vie. La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. »
« Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition. »
L’œuvre de Proust s’achève sur une totale victoire sur le temps. A propos de Bergotte, il va jusqu’à dire que ses livres semblaient le symbole de sa résurrection et il offre à chaque lecteur une chance de « salut » : « En réalité, chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans ce livre, il n’eût peut-être pas vu en soi-même. La reconnaissance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci.


Retour au sommaire