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[ Avertissement : les points de vue développés dans le texte qui suit sont ceux de l'auteur et n'engagent pas le Centre Hâ 32 qui a pour habitude de ne pas prendre parti dans les débats de société qu'il suscite. ]
Après le Midi-14h du 8 janvier 2009 – Avec Olivier Oberson, Historien d’art

« Mythes dans l’art polynésien et maori »

 

La Mythologie Maorie

I / Note à propos d’une religion polythéiste.

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Une religion polythéiste est fondée sur un panthéon. Chaque dieu correspond à un aspect ou une fonction de l’univers et de la société. Il s’agit de ne rien oublier. Dés lors, on peut parler d’un système polythéiste dans lequel le mythe a une fonction explicatrice et classificatrice. C’est pourquoi le mythe est structuré. Cette structure logique s’articule sur d’autres structures notamment sociales, hiérarchiques et plus particulièrement parentales. Le mythe n’est donc pas un conte ni une légende et encore moins une parole absurde. Le mythe garanti le fondement d’une communauté, des origines du monde à l’intronisation du dernier roi. C’est pourquoi le rite est indissociable du mythe. Le rite est un drame sacré qui assure le maintien et le recommencement de tout ce qui a été accompli aux origines. Tout doit être justifié.

Il y a des groupes de mythes (cosmogonie, théogonie, anthropogonie) et d’autres groupes justifiant les privilèges de certaines familles, rattachant surtout leur lignée, leur généalogie, à la théogonie, c’est-à-dire à un dieu dont elles prétendent descendre. Ce qui explique en partie la disparition de certains mythes se rattachant à une famille ou un clan, voire une tribu qui perd sa souveraineté au profit d’une autre qui imposera une mythologie sélectionnée. Cependant, un système mythologique est toujours ouvert et se développe en intégrant de nouveaux mythes qui consignent les nouveaux événements : guerres ; cataclysme.

On peut aussi présenter ce système comme un totémisme (mot algonquin), c’est-à-dire un principe d’organisation sociale (fondée sur des alliances), cultuelle (fondée sur la communion par le sang d’une victime sacrifiée), religieuse enfin (fondée sur le tabou). L’être totémique consigne l’histoire généalogique du groupe, donc de tous les ancêtres sans lesquels aucune décision ne pourrait être prise. C’est à ce niveau qu’intervient, le sorcier, le chamane (mot toungouse), celui qui a la faculté d’entrer en contact avec les esprits des ancêtres.

La mythologie d’une communauté est donc à la fois la justification de tous ses actes et le réceptacle de son histoire.

II / Approche de la Mythologie Maorie à travers trois récits : Rangi et Papa ; la naissance de l’homme ; le cycle de Maui.

Rangi (Ciel Père) et Papa (Terre mère)

« De leur union naquirent les dieux mais le Ciel Père et la Terre mère primitifs amenèrent l’obscurité en serrant leurs corps très étroitement l’un contre l’autre lors de la procréation. Leurs enfants désiraient voir la lumière pénétrer le monde pour permettre à leurs descendants de prospérer. Certains d’entre eux complotèrent contre leurs parents, mais l’un des fils, Tawhirimatea (dieu du vent et de la tempête), eut pitié et convainquit les autres de ne pas les tuer, mais seulement de les séparer. Chacun leur tour, Rongo (dieu des aliments cultivés), Haumia (dieu des aliments non cultivés), Tangaroa (dieu des océans) et Tu (dieu de l’esprit guerrier humain) tentèrent sans y parvenir de désaccoupler leurs parents. C’est alors que Tane (dieu des forêts) se coucha sur le dos et poussa de toutes ses forces vers le haut avec ses pieds jusqu’à les écarter peu à peu et que l’un se trouve loin au-dessus et l’autre loin en dessous de l’autre. La séparation du Ciel Père et de la Terre Mère par Tane inaugura le monde de lumière.
Tawhirimatea, furieux du traitement réservé par son frère à leurs parents, s’envola pour rejoindre le Ciel Père. Il réunit ses nombreux descendants, parmi lesquels les ouragans, les nuages de tempête, la grêle, la pluie et la neige fondue, et les envoya se poster aux quatre coins des cieux, puis il attaqua ses frères. Les grands arbres des forêts de Tane furent brisés sous l’assaut et tombèrent à terre, ce qui fit pourrir la nourriture qu’ils portaient.
Ayant vaincu Tane, Tawhirimatea tourna sa colère vers le domaine marin de Tangaroa. Ce dernier fuit dans les eaux et devint l’aïeul de toutes les espèces de poissons, des reptiles et des oiseaux marins. Tawhirimatea s’en prit ensuite à Rongo et Haumia, mais la Terre mère les attira en sécurité contre sa poitrine, ne laissant dépasser que leurs cheveux du sol.
Les tempêtes déclenchées par Tawhirimatea les survolèrent sans dommages, les condamnant néanmoins à un domaine souterrain : Rongo devint le dieu de la kumara (mot maori désignant la patate douce), de l’agriculture et des arts pacifiques, et Haumia le dieu des fougères et plantes sauvages. Tawhirimatea assaillit ensuite Tu de toutes ses forces, mais Tu fut le seul qui parvint à lui résister. Lorsque la fureur de Tawhirimatea se calma enfin, Tu se mit en colère à son tour et attaqua ses frères qui ne l’avaient pas aidé. Il s’en prit à Tane des forêts, abattant le reste de ses arbres et poursuivant ses oiseaux pour les transpercer à coup de lance et les manger.
Puis il tissa des filets avec les plantes des forêts et les jeta dans la mer de sorte que les enfants de Tangaroa ne tardèrent pas à s’échouer en masse sur le rivage. Il découvrit la cachette de Rongo et de Haumia, les tira par leurs longs cheveux qui dépassaient et les mangea.

La guerre de Tawhirimatea illustre l’idée que toute forme de vie est soumise aux déchaînements des tempêtes, du vent et de la pluie. La revendication de Tu sur les domaines naturels de ses frères reflète l’ordre naturel des choses et introduit la dichotomie fondamentale entre le tapu (sacré) et le noa (usage humain). Les ressources du monde venaient du royaume des dieux, ce qui les rendait sacrées. La subordination par Tu des descendants de Tane, Tangaroa, Rongo et Haumia eut pour conséquence leur passage de l’état sacré à l’état profane donc utile pour les hommes sous forme d’objets et d’aliments. Tu mit ces dieux à la disposition des hommes dans le monde de lumière, une action qui put désormais être répétée par les incantations appropriées et la médiation entre les dieux et leur progéniture humaine. Tu incarne la conscience humaine et la faculté de disposer des ressources de la nature. En cela il est le dieu le plus vénéré des polynésiens belliqueux. »

La naissance de l’homme.

« Selon diverses traditions, ce sont les dieux qui ont crée les hommes en associant un principe humain aux éléments divins. Dans la plupart des traditions connues, Tane chercha l’élément féminin dans la nature pour créer ira tangata (le principe humain) mais, ne pouvant trouver la femme appropriée pour porter des enfants humains, il décida de la créer lui-même. Ce fut le premier humain et elle reçut le nom de Hine-ahu-one (vierge formée de terre) ou Hine-mata-one (vierge à la face formée de terre). Tane lui insuffla son mauri, de sorte qu’aujourd’hui, les humains détiennent la dualité d’ira atua (le principe divin) et ira tangata. Contrairement aux dieux cependant, les humains ne sont pas immortels ils meurent lorsque le mauri quitte leur corps. Seuls le wairua, c’est-à-dire le reliquat spirituel, et ira atua survivent et retournent à Te Po, l’origine de toute chose. Tane s’installa avec Hine-ahu-one et, fusionnant avec différentes parties de son corps, il créa la sueur à partir de sa tête, les pupilles à partir de ses yeux, et le mucus et la salive à partir de son nez. Enfin, Tane engendra une fille appelée Hine-titama (vierge de l’aube), aussi connue sous les noms de Hine-i-tauira (vierge modelée) et Hine-manuhiri (vierge nouvellement arrivée), et coucha avec elle pour engendrer plus d’enfants. En découvrant que Tane était son père, Hine-titama s’enfuit jusqu’au portail des enfers, Raro-henga. Tane la poursuivit mais elle lui ordonna de ne pas la suivre car il devait rester dans le monde de lumière pour veiller sur leurs enfants. Elle lui promit d’attendre et de les accueillir dans le monde de la nuit sous la forme de Hine-nui-te-po (déesse gardienne de la mort). La fuite de Hine-titama symbolise le fait que les hommes sont issus d’une relation originelle incestueuse et donne une importance dramatique à l’inceste, sur laquelle elle pose un interdit social.

Tane créa plus tard les hommes à partir de la terre. La création de la vie humaine a donc prédéterminé l’arrivée de la mort dans le monde. La mort physique et la décomposition se trouvent conceptualisées comme un retour sous Papa par le portail de Rarohenga. Hine-nui-te-po y attend les morts telle une mère bienveillante et les reçoit avant de libérer leur wairua (esprit), qui retourne à travers les cieux du Ciel Père à Te Po, l’origine de toute existence. Rarohenga n’inspirait aucune crainte car il était considéré comme un passage permettant aux morts de retrouver leurs ancêtres. »

Le cycle de Maui dans le Pacifique

« Maui est le personnage le plus ancien des panthéons mythologiques introduits en Aotearoa, ou Nouvelle-Zélande, par les ancêtres des Maoris. Il est également très connu dans toutes les îles de Polynésie, Mélanésie et Micronésie. Une telle distribution suggère une origine pré-polynésienne, ce qui signifierait que ces récits sont racontés depuis 3500 ans, voire plus. Les traditions orales maories affirment que les descendants humains des dieux se sont multipliés sans connaître la mort jusqu’à la génération de Maui, et aussi que ce dernier fut abandonné à sa naissance. Selon la plus connue de ces traditions, celle de Te Arawa, au centre de l’île du Nord, sa mère aurait avorté et l’aurait jeté à la mer, enveloppé dans son pagne ou dans un panier fait de ses cheveux. Il aurait été rejeté sur le rivage, enroulé d’algues et envahi par les goélands et les mouches. Rangi l’aurait sauvé et soigné pour le ramener à la vie. Une fois adulte, le premier exploit de Maui fut de retrouver sa famille, ce qui met en scène la nature essentielle de l’identité car, dans le monde maori, le talent sans l’identité ne suffit pas au succès : en retrouvant ses parents, Maui authentifia ses références ancestrales. Ayant ainsi assuré sa place dans le monde, il se mit en devoir d’acquérir les connaissances de ses ancêtres, car le talent et l’identité sont plus efficaces lorsqu’ils sont équilibrés par la connaissance. Maui hérita de sa grand-mère un os maxillaire, symbole de connaissance. Il sut tout de suite en faire des hameçons et des armes, débutant ainsi son parcours de bienfaiteur de l’humanité. C’est avec un hameçon façonné à partir de cet os maxillaire qu’il pêcha l’île du Nord d’Aotearoa, la NouvelleZélande. La pêche de l’île du Nord par Maul est commémorée par le nom Te Ira-a-Maui (la pêche de Maui — l’île du Nord). L’île du Sud est appelée Te Waka-a-Maui (le canoë de Maui — d’où il aurait pêché l’île du Nord) et l’île Stewart Te Punga-o-tewaka-a-Maui (l’ancre du canoë de Maui). Te Hiku-ote-ika-a-Maui (la queue du poisson de Maui) désigne l’étroite langue de terre à l’extrême nord de l’île du Nord. C’est aussi Maui qui ralentit la course du soleil dans le ciel, mettant en place le rythme traditionnel des journées de travail selon les cycles agricoles saisonniers. Maui arracha le secret du feu des mains d’une autre de ses grands-mères. Pour cela, il éteignit tous les feux du village et demanda successivement tous les doigts — de feu — de sa grand-mère, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Sa grand-mère réalisa alors que Maui la trompait et jeta le dernier doigt dans sa direction, ce qui mit le feu au monde. Maui put s’échapper en prenant la forme d’un pigeon et demanda à Tawhirimatea d’éteindre le feu en faisant pleuvoir. Le feu continua cependant de brûler les arbres de la forêt. Les ancêtres des Maoris utilisèrent alors ce feu pour se réchauffer et cuire leurs aliments. Alors que Maui se préparait pour une dernière aventure, ses parents lui dirent que Hine-nui-te-po (la déesse gardienne de la mort) était couchée à l’horizon. Son corps était celui d’un être humain mais ses yeux étaient des jades, ses cheveux du varech, sa bouche semblable à celle d’un barracuda et elle portait des éclats tranchants d’obsidienne et de jade entre ses cuisses. Maui se fit accompagner des plus petits oiseaux de la forêt — la mésange, le rouge-gorge, la fauvette et le pigeon-paon — et se mit en route vers l’horizon où il trouva Hine-nui-te po endormie les jambes écartées. Il décida de pénétrer dans son corps, de manger son coeur et de ressortir par sa bouche dans une transposition de la naissance qui aurait permit aux hommes de devenir immortels. Maui s’attela à la tâche, faisant trembler d’un rire contenu les joues des oiseaux qui l’observaient. Lorsque sa tête et son bras disparurent, le pigeon-paon éclata de rire. Hine-nui-te-po se réveilla, referma les jambes d’un coup et coupa Maul en deux. Il fut le premier être vivant à mourir et, parce qu’il avait échoué dans la tâche qu’il s’était fixée, tous les humains naissent désormais mortels.

Les aventures de Maui reflètent cette réalité humaine que de grandes choses peuvent être accomplies par l’association du talent, d’une identité avérée et de l’acquisition de connaissances, mais seulement dans les limites de la vie et de la mort telles qu’elles ont été fixées pendant la création. »*

*Référence bibliographique : Mythologie, EDL éditions, 2006

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Aotearoa

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