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[ Avertissement : les points de vue développés dans le texte qui suit sont ceux de l'auteur et n'engagent pas le Centre Hâ 32 qui a pour habitude de ne pas prendre parti dans les débats de société qu'il suscite. ]
Après le Midi-14h du 20 novembre 2008 – Avec Christiane Dupont, conservateur à la Bibliothèque Municipale de Bordeaux

« Harry Potter, un nouveau mythe ? »

 

Harry Potter, un mythe moderne ?

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Cinq réponses :

- Un mythe moderne ancré dans la réalité d’aujourd’hui
- Harry Potter, l’anti Peter Pan
- La coexistence de deux mondes parallèles
- La modernité dans le contenu de l’histoire
- La modernité dans le style et le rythme du récit

Bibliographie :

- Harry Potter les raisons d’un succès
Isabelle Smadja
PUF
- Harry Potter l’enfant héro
Eric Auriacombe
PUF
- Harry Potter ou l’anti- Peter Pan : Pour en finir avec la magie de l’enfance
Isabelle Cani
Fayard
- L’irrésistible ascension d’Harry Potter
Andrew Blake
Le félin
- L’enchantement Harry Potter : la psychologie de l’enfant nouveau
Benoit Virole
EAC

Et aussi :

- J.K.Rowling la magicienne qui créa Harry Potter
Sean Smith
Favre
- L’enfant lecteur : De la comtesse de Ségur à Harry Potter
Sophie de Mijolla-Mellor
Bayard
- Les mondes de Harry Potter
David Colbert
Pré-aux-clercs
- Mon pote Harry Potter
Antoine Guillemain
Archipel
- Le livre de l’apprenti sorcier
Allan Zola Konzek
Archipel

Les mythes remplissent une fonction de conciliation rationnelle entre les grandes oppositions constitutives d’une culture donnée.
Le mythe est un récit qui explique l’origine des oppositions entre la nature et la culture, entre le féminin et le masculin, et leur donne du sens.
Cette fonction mythique est très nettement à l’œuvre dans HP. La dimension mythique est d’ors et déjà installée par la préfiguration du destin qui fait de Harry un héros engagé dans un parcours symbolique de découvertes de ses propres origines. Ce parcours se transforme ensuite en une véritable initiation culturelle dans un monde où se côtoient en bonne intelligence les enfants apprentis sorciers et les adultes professeurs. C’est une initiation dans un monde où il existe aussi une loi nouvelle, celle du ministère des sorciers, permettant la distinction des valeurs du bien et du mal, puisqu’il existe une bonne magie et une mauvaise magie. C’est aussi une initiation dans un monde fait de nouvelles catégories de pensées où les expériences de magie entraînent une remise en cause des certitudes du monde ordinaire.
Le récit quitte le roman d’aventures imaginaires pour la jeunesse pour atteindre une dimension mythique, celle de la génération d’une nouvelle culture. Sous le couvert d’un roman d’aventures, l’initiation de HP à l’école des sorciers est bien un récit mythique, adapté au style de pensée des enfants et adolescents d’aujourd’hui.
Elle se situe à l’endroit précis où s’opère la fonction rituelle du passage symbolique des âges, de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence au monde adulte, fonction dont on sait qu’elle est justement cruellement marquante dans nos sociétés occidentales.
cf. Jean Poirier in Ethnologie régionale / La Pléïade
« Les sociétés contemporaines ne prévoient aucune formation particulière pour l’entrée dans le groupe. Elles ne valorisent pas l’appartenance sociale. C’est une lacune grave, dans la mesure où l’on ne peut s’intéresser vraiment à un statut acquis aussi facilement. Les sociétés traditionnelles nous rappellent que l’intégration de l’individu au groupe n’est pas seulement une donnée culturelle, mais qu’elle est aussi une valeur culturelle »

Le succès de HP s’explique en fin de compte par la force d’un mythe initiatique. Il permet d’aborder l’avenir en expliquant le passé des origines et en faisant supporter par la magie les épreuves du présent. JKR a emprunté à la mythologie ainsi qu’aux contes du folklore populaire, car ils répondent directement à un besoin très profond. Ces emprunts signent l’appartenance de la saga au mouvement mythologique.
JKR construit de fond en comble un univers radicalement différent dans lequel l’adolescent peut projeter une identification collective au groupe (les différentes maisons du collège) et une destinée individuelle (le destin singulier de HP symbolisé par sa cicatrice), dont la finalité est l’accomplissement de soi.

Un mythe moderne ancré dans la réalité d’aujourd’hui

L’histoire d’Harry Potter est avant tout un récit d’apprentissage et une quête initiatique.
Elle s’inscrit dans la tradition du conte merveilleux, avec ce que cela suppose d’identification au héros, ou anti- héros malmené par la vie et maltraité par des parents biologiques ou non (c’est le cas de Harry Potter puisqu’il est élevé par une tante et son mari après la mort de ses parents) va connaître un destin extraordinaire, comme Cendrillon ou Hansel et Gretel, tout en étant investi d’une mission surnaturelle. Pour Harry, la destruction des forces du mal par l’élimination de celui qui les incarne. Rien que ça !

Elle s’apparente à un thème récurent qui est la quête existentielle. Un enfant malheureux s’invente une autre vie, d’autres parents, ce qui relève du fantasme. Dans le cas de Harry, il sait que les Dursley ne sont pas ses vrais parents et bien que ne connaissant pas la vérité sur ses vrais parents jusqu’à l’âge de 11 ans, il sait inconsciemment que son destin est ailleurs.
cf Bettelheim « les enfants ont besoin de héros qui s’aventurent seuls dans le monde et traversent des épreuves avec témérité et confiance »

Alors pourquoi un mythe et pourquoi ancré dans la réalité d’aujourd’hui ou la modernité ?

Le mythe
L’histoire de HP est un mythe initiatique : les enfants comme les adultes ont besoin de rencontrer des mythes qui peuvent donner du sens au monde qui les entoure. La force du mythe est de permettre à chacun de trouver un écho personnel à un récit traitant d’une dimension universelle. Les aventures de HP peuvent se lire comme le mythe initiatique d’un enfant confronté à la mort de ses parents, qui doit apprendre à vivre seul dans deux mondes parallèles menaçants. Il est certes doté de pouvoirs magiques, et on peut y voir une métaphore de l’enfant tout puissant, mais il doit apprendre à faire usage de la magie à bon escient (On y reviendra en parlant de l’école des sorciers, Poudlard) Il doit affronter des monstres et des puissances destructrices qui sont les reflets de son propre monde inconscient. L’histoire de HP présente sous une forme narratrice imaginaire des conflits internes liés au psychisme de chaque enfant et contribue en fin de compte à les surmonter. Elle renvoie aux légendes du Moyen âge, à la lutte entre le bien et le mal, aux questions récurrentes que nous nous posons quant aux origines et aux grandes questions qui nous animent. Elle renvoie à l’un des plus vieux mythes, celui de la quête du Graal et la légende du roi Arthur, mythe spécifique d’aucune culture parce qu’il en a traversé plusieurs : la culture indo-européenne, la culture celte et la culture chrétienne. Un mythe intemporel. Avec la spécificité que les personnages du mythe ne sont jamais situés clairement du côté du bien ou du mal (au contraire du conte). Cette spécificité, on la retrouve chez Harry Potter, car on a du mal à cerner qui est du côté du bien et du mal, y compris dans le cas de personnages aussi importants que Dumbledore, le directeur de l’école Poudlard, le maître spirituel de Harry et son père symbolique, qui l’utilise pour arriver à ses fins, l’élimination de Voldemort.

Un autre aspect qui renvoie au mythe du Graal, c’est la présence d’objets magiques comme l’épée et le chaudron, de créatures fantastiques et de symboles comme le baiser du mal.

Il y a aussi le thème de l’enfant qui a échappé à la mort, le survivant, et ce dès le 1er volume. La mort des parents génère le traumatisme, le sentiment de triomphe d’avoir survécu et le fantasme d’être responsable de la mort des parents. La question de survivance revient de façon récurrente dans les 7 vols.

- Le thème du secret 
- les origines et la cicatrice
- la découverte de la véritable histoire de ses parents
- le secret caché
- la révélation du secret, par la transmission du message, une attirance séductrice et une promesse d’ouverture.

La cicatrice en forme d’éclair rappelle sans cesse la proximité du danger et de la mort (phénomène de répétition). Elle apparaît comme un point d’appel central, ombilical autour duquel s’organise l’existence de HP.

La réalité d’aujourd’hui ou la modernité
L’auteur, Joanne Rowling se joue du mythe et le modernise, tout comme elle se sert de plusieurs genres de la littérature de jeunesse du XIXème et du XXème siècle pour aboutir à une alchimie capable de séduire un public intergénérationnel. Le mythe est adapté au monde moderne et l’aspect conte moderne jonglant avec la fonction du secret et l’usage de la magie convient aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Dans chaque vol. l’auteur a disséminé autant d’énigmes mystérieuses provoquant les questions dont les réponses se trouvent dans le dernier vol (Il faut aller jusqu’au bout pour connaître ENFIN le secret !) Le dernier vol. est le livre de la délivrance, la dernière pièce du puzzle, qui, peu importe sa forme, offre la satisfaction de détenir les clés. Avec HP la magie est parmi nous et le restera encore certainement pendant longtemps. HP renvoie à ses épopées à la valeur universelle qui traversent les âges sous le nom de mythes.

C’est une œuvre littéraire qui est un condensé des ingrédients nécessaires pour nourrir l’appétit d’imaginaire des enfants comme des adultes (D’où le fait de société bien connu…les adultes n’hésitant pas à lire officiellement au vu et au su de tout le monde des romans « pour enfants » et y prenant un plaisir évident. Participant largement de l’engouement et de la phénoménalité à la sortie de chaque volume à partir du 4ème) Fait de société d’autant plus remarquable qu’il s’inscrit dans un contexte d’un désintérêt croissant des adolescents pour la lecture. Malgré la grosseur des volumes, des millions de jeunes ont lu avec passion la saga.

On hésite toujours entre le conte merveilleux, le roman d’apprentissage et le roman moderne. C’est sans doute la raison pour laquelle on peut qualifier la saga de mythe moderne, qui a engrangé et s’est enrichi des mythes anciens, y compris des récits bibliques (le chiffre 7). Le coup de génie de Rowling est incontestablement le fait de se référer au merveilleux pour mieux le dénoncer et retourner à la réalité.

Harry Potter échappe à toute classification rigide et réductrice puisqu’il se rattache à une tradition littéraire foisonnante et hétérogène. Il parvient à synthétiser avec succès la multitude des liens hyper textuels qui sous-tendent le récit et réussit à transcender la frontière entre littérature de jeunesse et littérature pour « adultes »
On peut parler de polyphonies narratives :
- Des contes merveilleux
- Quêtes initiatiques / Alice de Lewis Carroll et Peter Pan de James Barrie
- Fantasy / Le seigneur des anneaux de Tolkien
- Romans modernes

Harry Potter demande une lecture à plusieurs niveaux. On peut aussi dire qu’à l’époque où tout s’obtient grâce à un clic sur Internet, les règles du jeu mythologique ont radicalement changé. Harry est une sorte de dieu comme le sont tous les adolescents maîtrisant les jeux vidéo. Il reflète les aspirations des jeunes aujourd’hui qui évoluent dans un monde en mutation. (on y reviendra plus tard) HP participe peut-être d’un mouvement en quête d’autres religions que les religions traditionnelles et qui se plait d’avantage à fabriquer des héros qu’à suivre les dogmes ? Rien d’étonnant à ce qu’une période aussi ancrée dans et parasitée par les progrès technologiques se tourne vers le mystère et la science détournée pour participer à des rites d’un autre monde qui font rêver.

Le succès s’inscrit dans une vaste dynamique qui a bien entériné
- l’engouement en Europe pour Halloween (même si le phénomène retombe)
- les sagas médiévales ou assimilées
- les représentations gore et le style gothique voire satanique.

De même pour l’identification au héros, elle est novatrice et rendue évidente par la proximité de la dimension temporelle. Contrairement à bon nombre de héros de la littérature de jeunesse, Harry Potter grandit, mûrit et devient adulte. Il évolue d’années en années et vit tous les changements de son corps liés à la puberté et à la maturité. Chaque volume correspond à une année scolaire, depuis l’âge de 11 ans jusqu’à 17 ans. Harry a le même âge que ses lecteurs (du moins jusqu’au 5ème volume) et grandit avec eux. Les enfants qui ont eu la chance d’avoir 11 ans en 1997 (parution du 1er volume) ont pu complètement s’identifier à lui, d’où l’énorme succès (en partie).

On peut le comparer à d’autres héros célèbre du XXème siècle comme Tintin ou Spirou, ni enfants, ni adultes, figés dans une éternelle adolescence asexuée ou bien sûr au héros enfantin type du XIXème siècle, Peter Pan.

Harry Potter ou l’anti-Peter Pan

« Je ne veux pas être un homme, je veux toujours être un petit garçon et m’amuser »

Le syndrome de Peter Pan ou le jeunisme, le culte de l’enfant roi.
C’est entendu, l’enfance est le pays fantastique par excellence « Ils ne devraient jamais grandir ». Peter Pan figure l’enfant idéal pour les enfants comme pour les parents et connaît un immense succès depuis sa création. Il influence la littérature de jeunesse ou du moins l’a influencé jusqu’à l’arrivée de Harry Potter.

PP a créé le mythe de l’adulte qui veut redevenir enfant comme celui de
l’enfant qui ne veut pas grandir.

HP est l’anti- enfant prolongé.
Si Alice découvrait grâce à Lewis Carroll le pays de Wonderland, Peter Pan lui, évoluait et évolue toujours dans celui de Neverland, qu’il faut entendre comme jamais adulte.

Peter Pan est à mi-chemin entre l’enfant indigène sur son île et une créature mythologique.

Harry Potter est un sorcier exceptionnel qui, on l’a vu, grandit et mûrit. Grande différence avec Peter Pan. Mais ce n’est pas la seule, il ne reste pas dans le monde magique de Poudlard (alors que PP reste sur son île, une façon comme une autre de ne pas déranger l’ordre des choses) il est parfaitement intégré au monde ordinaire, celui des moldus.

Figure du refus de grandir, PP reste figé dans son monde immobile et son état d’enfant innocent et est donc aussi un visage possible de la mort, moyen le plus radical de rester enfant pour toujours.

Au contraire, tous les épisodes de la vie d’enfant de HP et toutes les épreuves auxquelles il doit faire face ont pour but de le conduire vers la vie d’adulte et une fois adulte de s’accepter comme tel et de se faire accepter des autres. La magie n’est pas innée, il faut en faire l’apprentissage. Le monde de HP est très réaliste : Il faut apprendre à fabriquer les potions et les antidotes, il faut travailler dur, la sorcellerie doit être consommée avec modération (interdiction de faire usage de ses pouvoirs pendant les séjours chez les moldus et pour certains pas avant 17 ans même à Poudlard).

HP ne s’inscrit pas dans un éternel retour de l’illusion de l’enfance éternelle, il s’inscrit dans une évolution irrémédiable de l’enfance à l’âge adulte.
Ce qui rend HP moderne // PP, c’est qu’il doit renoncer à l’innocence dans laquelle se cantonne PP. Tout est idéalisé pour PP, alors que chaque faux pas est une leçon pour HP et que certaines erreurs ne peuvent être évitées qu’en grandissant.

En abandonnant son innocence enfantine, HP combat sa crédulité. Il est capable de ressentir de la culpabilité (mort de son parrain Sirius). En mûrissant, il devient capable d’indulgence envers les autres et envers lui-même.

HP réconcilie l’homme avec le temps qui passe, assume son âge sans perdre son âme (ce que craint par dessus tout PP). La mort est irréversible et s’affirme comme dimension essentielle de l’expérience humaine.
Le vrai sujet de HP est la difficulté de grandir et par la même d’accepter un monde qui n’est pas manichéen. (Question sur la vrai nature de James son père, de Lily sa mère, de Sirius, de Dumbledore…)

La coexistence de deux mondes parallèles

S’Il existe deux mondes parallèles bien distincts, ils ne sont pas strictement indépendants l’un de l’autre. Il n’y a pas de clivage entre les deux.
Le monde magique et le monde ordinaire communiquent sans cesse
par la présence pacifique des sorciers dans le monde des moldus
par l’intrusion de l’esprit du mal dans le monde des moldus pour leur nuire en général (catastrophes, malheurs en tous genres) et plus particulièrement pour enlever Harry afin de l’éliminer par des lieux intermédiaires et des passages connus des seuls sorciers dans le monde des moldus (quai du poudlard express, cabine téléphonique du ministère de la magie…)
par l’acceptation au cœur de Poudlard d’élèves de toutes origines : enfants issus de parents sorciers, enfants « mixtes » et enfants de parents moldus.
Une fois qu’il a intégré l’école, HP n’est pas coupé du monde réel puisqu’il le réintègre à chaque fin d’année scolaire, pour les vacances. Dans ces moments, tout ce que vit HP est vécu par les lecteurs au présent. Par contre quand il réintègre Poudlard, il vit à la fois au présent et au passé.
Tous les élèves sont en relation avec le monde extérieur par le biais du courrier (les hibous) et le royaume du monde des sorciers s’ouvre sur le monde extérieur qui le remet en cause.

Les particularités de Poudlard

Lieu du monde fantastique et imaginaire par excellence, Poudlard est un château extraordinaire avec sa propre géographie, un univers autonome avec sa faune et sa flore. Mais c’est aussi une école. Représentation fidèle d’une prestigieuse école anglaise, régie par les mêmes règles intérieures qu’un collège (répartition en « maisons » élitisme, punitions qui s’apparentent en partie à des châtiments corporels…) Alors que dans les sagas classiques, les héros enfants s’épanouissent dans un environnement qui bouscule les règles de l’autorité parentale et éducative (seuls sur une île déserte, sans contraintes et sans entraves, ils aspirent avant tout à la liberté totale) dans HP l’épanouissement et le chemin de la liberté passent par l’école. Encore une fois, JKR bouscule les schémas : l’école devient le lieu d’évasion, le territoire où tout est possible, et pas seulement pour HP qui est si malheureux chez les Dursley. Les parents sorciers n’ont d’autre possibilité pour rappeler leur progéniture à l’ordre, que de leur envoyer des lettres « beuglantes » !
Le monde de Poudlard est propre à une enfance prolongée (mais pas figée) à laquelle s’intègrent les enseignants au rythme de l’année scolaire, marquée par les rites de passage.

Même s’il sait très rapidement qu’il est investi d’une mission pour sauver le monde, HP n’en reste pas moins un écolier jamais en reste pour transgresser le règlement et faire des farces avec ses deux alter ego (Ron et Hermione)
Poudlard est un monde d’enfants qui valorise l’enfance. Etre enfant n’est pas une question d’âge mais de maturité, de rapport au jeu et au rêve. L’opposition n’est plus entre adultes et enfants, mais entre sorciers = enfants et moldus = adultes. En comparaison avec les professeurs de Poudlard, Dudley n’a rien d’un enfant. Les sorciers adultes sont de grands enfants sans être infantiles, y compris Dumbledore.

Poudlard est un univers dans lequel on peut entrer à condition de connaître le secret du fameux quai 9 3 /4 au nez et à la barbe des moldus. Une fois dans le Poudlard express, l’insertion dans le monde des sorciers est totale.

Là où les auteurs de romans fantastiques font intervenir des évènements surnaturels dans le monde réel, JKR change les règles et recrée un monde entier avec ses habitudes, ses principes, ses légendes, dans lequel elle glisse des personnages ordinaires.

La modernité dans le contenu de l’histoire

Remise en cause de la magie et de ses pratiques

La sorcellerie à Poudlard est dégagée de tout ésotérisme et prend ses distances par rapport aux pratiques occultes et superstitieuses. La magie perd l’essentiel de son caractère irrationnel qui venait de la prétention des sorciers à faire appel, non pas à la raison que tous les hommes partagent, mais à quelque chose qui transcende la raison et n’est accessible qu’à de rares élus.
Dans HP, c’est tout le contraire, puisque peuvent accéder à la magie, tout autant des enfants issus de parents ordinaires (moldus) que de sang mêlé ou de sang pur.

La fonction de sorcellerie apparaît très nettement et constitue à faire passer un message très moral, ou moralisateur « Apprenez vos leçons si vous voulez triompher des épreuves de la vie »

L’hommage à la magie s’inscrit dans une perspective très contemporaine. Même quand elle évoque un véritable personnage historique, l’alchimiste Nicolas Flamel (la pierre philosophale) JKR ne se soucie pas au fond des véritables charmes et rites magiques, mais elle s’amuse. Elle a un regard critique sur le monde de la magie par le biais de l’humour, toujours présent, et elle mêle l’univers de la magie et des légendes au monde d’aujourd’hui. A un moment où le monde est à la recherche d’un nouvel imaginaire collectif. L’alliance du passé et du présent est récurrente.

Enfin, les sorciers dans leur monde, ont, comme les moldus dans le leur, un comportement de consommateurs
- Ils fréquentent des centres commerciaux : le chemin de traverse à Londres et le Pré au lard à Poudlard. Ils vont dans des pubs pour boire de la bièrauberre, leur boisson favorite.
- Ils sont sensibles à la publicité
- Ils possèdent un ministère et tout un appareil sociétal
- Ils lisent la presse : la gazette du sorcier
- Ils ont leur propre monnaie
- Ils consomment de très grandes quantité de friandises et le chocolat est le meilleure des remèdes (tiens, tiens…)

Mutation dans l’acquisition et le traitement des connaissances

Les jeunes aujourd’hui recherchent dans le texte écrit les mêmes opérateurs symboliques que ceux qu’ils manipulent dans le monde des images, de la BD aux jeux vidéo. On assiste à une hyperactivité virtuelle : tout évolue très vite, à commencer par l’adolescent lui-même ! Il ne sert à rien de se fixer des buts à atteindre, mieux vaut s’adapter au fur et à mesure aux changements. Cette forme de pensée est d’autant plus familière aux jeunes qu’elle n’est plus seulement mise en jeu dans la vie sociale, comme cela a toujours été le cas, mais qu’elle prévaut aussi dans de nombreux jeux vidéo. Elle s’oppose évidemment à la forme de pensée, plus traditionnelle qui régit encore le domaine scientifique, dans laquelle on essaye d’atteindre un but par un cheminement logique.

Dans HP, le réel est toujours tellement inimaginable qu’il n’y a pas d’autre possibilité que d’opérer par tâtonnements successifs en perfectionnant au fur et à mesure les actions qui s’avèrent payantes.

Dans un monde où les repères de la génération précédente semblent souvent peu utiles face au renouvellement permanent des problèmes rencontrés, les jeunes tâtonnent et construisent leur monde intérieur et le monde social qui sera le notre demain.

Critique de la société, du racisme et des régimes totalitaires

JKR condamne une société où la valeur des individus se mesure à leur lignage et à la fortune qu’ils possèdent ou pas : Hermione, issue d’une famille de moldus est en but aux attaques de certains sang purs qui ne supportent pas la cohabitation, les Weasley sont des sorciers depuis des générations mais ils sont pauvres et Dargo et ses comparses ne se privent pas de les humilier…
Allusion au nazisme. T.7 : Obligation pour les sorciers ‘moldus’ de prouver qu’ils ont au moins un proche de sang « pur » dans leur famille.
Elle critique également une certaine presse plus portée vers le sensationnel et la diffamation que sur la diffusion de l’information.

Elle pointe l’injustice (Sirius) et laisse entrevoir la possibilité de vivre autrement dans un monde différent que celui qui est assimilé au pouvoir de l’argent.

Les « bons » sorciers sont enclins à vivre en bonne intelligence avec les êtres ordinaires et à les protéger des forces du mal.

La morale implicite que préconise JKR correspond exactement à la philosophie de l’existence que partagent la plupart des jeunes.

La modernité dans le style et le rythme du récit

Très rapide, la dynamique du récit est centrée sur l’action. On assiste à une succession d’actions et de péripéties. La particularité du style tient dans un assemblage de petites séquences textuelles, ouvertes généralement par une phrase descriptive du lieu et du temps, suivie d’un court dialogue puis d’une ou deux phrases de transition. Les dialogues sont très présents.

C’est un procédé stylistique qui permet de maintenir l’attention sur l’action en esquissant les contours du contexte dans lequel cette action se déroule, à la manière du théâtre ou du cinéma (particulièrement les films d’animation) comme des BD et des jeux vidéo.

Par le style, JKR se place dans le monde réel des adolescents mais aussi dans le monde virtuel dans lequel ils évoluent de plus en plus. Le procédé stylistique correspond à une réalité et produit une sorte d’effet d’hyperactivité virtuelle. Les jeunes lecteurs retrouvent dans le texte les mêmes opérateurs symboliques que ceux qu’ils manipulent dans le monde des images, de la BD et des jeux vidéo. L’écriture en / et du mouvement les fascine dans la mesure où elle entre en résonance avec les bouleversements dont ils se sentent eux-mêmes le théâtre et qui les poussent à rechercher toutes sortes de griseries.
JKR invente des sortilèges très drôles via le vocabulaire. Il y a beaucoup d’inventivité et toujours de l’humour. Elle s’amuse avec un vague latin de cuisine et le récit fourmille de jeux de mots (potions, sortilèges…) et d’inventions lexicales.

Cadre général du récit

- Sur le plan temporel = l’année scolaire
- Sur le plan spatial = quelques lieux bien identifiés et stables.

On a vu en évoquant l’existence de deux mondes parallèles l’importance des interactions entre les deux. C’est un procédé particulièrement efficace donc, car la transposition parallèle et les différents travestissements qu’elles permettent créent un monde à la fois lointain et proche où le lecteur peut à la fois être lui-même et l’autre.


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