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Y a-t-il une ou plusieurs identités musulmanes ? Comment cela s’articule-t-il avec le Coran ? Afin de « dépolluer » nos concepts, nous devrons distinguer au moins trois niveaux de rapport à l’Islam.
Le premier niveau est relatif au texte coranique et aux traditions prophétiques (les paroles du prophète qui ne sont pas incluses dans le texte coranique). Ce sont les éléments de base de l’Islam.
Le second niveau est formé par l’interprétation de ces textes, soit encore : pensée, mystique, théologie, philosophie, jurisprudence.
Le troisième niveau est relatif à la mise en pratique de ces textes, soit encore : des considérations sociales et politiques.
Pour définir l’Islam, il y a trois éléments importants :
Intervention de Tareq Oubrou.
L’accès au texte coranique nécessite des outils. Il est dangereux de mélanger deux sacralités (le texte et la pratique). Il y a deux manières de lire le texte : la démarche rituelle, liturgique qui est un acte de prière, et la démarche de compréhension qui nécessite des compétences. Le texte lui-même possède des aspects à la fois faciles et difficiles, simples et profonds ; il faut s’y immiscer. Ainsi, le thème de l’unicité de Dieu est évident, immédiat mais il peut mener à des démarches ardues (le soufisme, par exemple).
On trouve aussi deux types de textes dans le Coran :
les textes paradigmatiques, qui sont transculturels, universels, à propos de la justice, de la paix, etc.
les textes circonstanciels, à propos des conflits, des pratiques, etc.
Dans l’esprit du Coran le combat doit être compris en faveur de la paix ; pourtant, le Coran a été révélé dans un contexte d’intolérance et de guerre. Si on veut interpréter un verset, il faut connaître son statut ; et même des versets circonstanciels peuvent comporter des enseignements.
Pratiquez-vous dialogue interreligieux ?
Réponse de Rachid Benzine.
Quand je dialogue avec Christian Delorme, prêtre de son état, j’accepte que l’Évangile soit la Parole de Dieu pour lui, même si ce n’est pas le cas pour moi. J’y trouve des passages que je trouve très durs, mais je pense qu’on n’a pas le droit de dénier la croyance de l’autre.
Et si on ne peut pas discuter sur une table on change de table. Pour dialoguer il faut un minimum de respect et de tolérance de part et d’autre.
Sur quoi s’appuient les condamnations et anathèmes ?
Réponse de Rachid Benzine.
Les condamnations que l’on trouve dans le Coran sont relatives aux circonstances de la révélation. Pour interpréter de tels passages, il faut posséder des clés de lectures ; la fraternité donne de telles clés mais il y en a d’autres.
Qui interprète et dans quelle intention ? La compréhension d’un texte n’est pas une activité automatique. Pour comprendre un texte, il faut le recréer pour qu’il existe pour nous, pour que sa réalité existe pour nous. D’autre part nous ne lisons jamais un texte de façon objective ou neutre. Il faut réfléchir à notre façon de comprendre le texte, ensuite à ce que nous en comprenons, et enfin aux différents facteurs qui vont conditionner notre compréhension. Nous utilisons tous le texte comme prétexte.
Voilà les enjeux d’une pluralité de lectures du texte coranique. Votre langage, votre propre histoire et votre éducation vont conditionner votre lecture et votre compréhension du texte coranique. C’est pourquoi vous ne pouvez pas dire : « Je sais ce qu’est l’Islam, l’Islam dit, l’Islam c’est ceci, c’est cela. » Ton interprétation en dit beaucoup plus sur toi que sur le texte. Alors ce que je vous ai dit ce soir, prenez-le simplement comme l’interprétation de Richard Benzine.
Quelle est la part de la tolérance dans le Coran ?
Il faut savoir qu’il y a dans le Coran deux types de texte : les textes principiels, paradigmatiques, anhistoriques, transculturels, qu’il faut lire dans l’absolu, comme l’appel à la paix, l’appel à la justice, à ne pas exercer de contrainte en matière de religion. Et puis il y a les versets circonstanciels. Par exemple, les versets qui appellent au combat se réfèrent à une défense contre ceux qui voulaient éradiquer la communauté islamique naissante, des polythéistes qui combattaient les musulmans dans une situation particulière. Donc il faut d’abord chercher le statut du verset. À l’origine, la tolérance est inscrite dans la génétique coranique.
Quelle est la pratique du musulman de base avec le Coran et avec les commentaires ? Pour un laïc musulman, existe-t-il l’équivalent de nos études bibliques ?
Réponse de Tareq Obrou : c’est une aberration que de mélanger la sacralité du texte et la sacralité de l’interprétation. Pour un musulman il y a deux approches du Coran : pour la majorité des musulmans qui ne peuvent pas lire l’arabe, la lecture, la récitation du Coran est une acte de prière. Il y a des passages très simples, des récits, des affirmations comme celle de l’unicité, pour lesquels l’interprétation de pose pas de problème. Pour le reste, il y a une deuxième approche : l’interprétation.
Est-ce qu’en France, l’Islam s’orientera vers une solution à la turque (la récitation du Coran en langue turque) ? Chacun de nous a des clés de lecture. À Bordeaux, les prêches du Recteur sont proposés en partie en arabe et en partie en français, mais il peut en être autrement ailleurs. C’est une leçon d’humilité qu’il faut retirer de tout cela.
Farid Esack, Rachid Benzine, Jean-Louis Bour : Coran, mode d’emploi, Albin Michel (2004)
Rachid Benzine, Les nouveaux penseurs de l’Islam, Albin Michel, (2004)
Rachid Benzine, Christian Delorme : Nous avons tant de choses à nous dire : Pour un vrai dialogue entre chrétiens et musulmans, Albin Michel (1998)
et quelques liens sur Internet présentant Rachid Benzine :
http://www.yabiladi.com/article-cul...
http://www.telquel-online.com/128/s...
http://www.oumma.com/article.php3?i...
Rachid Benzine est chercheur en herméneutique coranique et écrivain.
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