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Plus tard encore en 1905, juifs et protestants ont affronté paisiblement la mise en œuvre de la loi de Séparation des églises et de l’État, sans connaître les passions qui ont agité le monde catholique. S’agit-il de hasards, de coïncidences ou bien les deux minorités ont-elles, au-delà d’une proximité de culture, un passé et un vécu communs, qui les inscrit dans l’histoire de Bordeaux.
Force est de constater qu’à bien des égards, juifs et protestants ont vécu à l’identique le siècle qui sépare 1805 de 1905. En effet, pour les deux confessions minoritaires, la grande cassure dans les relations avec l’État se situe au moment où elles ont acquis la liberté de culte, de conscience et l’identité des droits : aux alentours de 1789. Juifs et protestants ont alors été, par étapes, émancipés sur le plan civil et confessionnel de la tutelle catholique, celle de la religion d’État, nous le verrons dans une première approche.
Ensuite, nous reviendrons sur les conséquences concrètes de la mise en œuvre des « articles organiques » du Concordat pour les protestants, et sur celles des dispositions intervenues après 1808 pour les juifs. Ces dispositions, imposées par Bonaparte, ont pendant longtemps été dénoncées par les historiens, mais on peut les comprendre aussi (comme le fait J. Baubérot) comme des avancées dans la laïcisation, et spécialement pour les confessions minoritaires comme la possibilité d’être visibles, sur le plan matériel dans la cité. Enfin, nous apporterons quelques éclairages sur les formes, souvent très semblables, à travers lesquelles les protestants et les juifs de Bordeaux ont utilisé la reconnaissance dont ils venaient de bénéficier et approfondi leur intégration qui a été une réussite. Néanmoins, ils ont rencontré des obstacles, liés en partie aux rancœurs que suscitaient précisément leurs succès.
L’analyse ici proposée se veut exclusivement une démarche historique, mais il est difficile d’oublier qu’aujourd’hui, à nouveau ou encore, la société française connaît des problèmes liés à l’intégration de ses minorités, et revisiter l’histoire renvoie à des questions très contemporaines qu’évoquent les termes assimilation, intégration, communautarismes.
Si, comme chacun le sait, il n’y a pas de « leçons de l’histoire », la parcourir nous interdit de rester indifférent ou d’avoir la mémoire trop courte.
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