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Si l’on prend une carte nationale d’identité, on observe que chaque individu y est identifié par :
des caractéristiques personnelles : nom, prénom, sexe, date de naissance, adresse ;
son appartenance à un groupe : la République Française.
À partir de là, trois questions peuvent être posées : Y a-t-il permanence de l’individu ? La réponse est négative car certains paramètres changent, par exemple l’adresse. Y a-t-il permanence de l’appartenance à un groupe ? La réponse est là aussi négative car on peut changer de nationalité. L’appartenance à un groupe est-elle exclusive et exhaustive ? La réponse est encore négative car on peut se prévaloir de plusieurs nationalités et l’on peut appartenir à d’autres groupes et avoir d’autres cartes comme celles d’une société de pêche ou d’un club de tennis.
La notion d’identité est complexe et ne peut être fondée sur l’origine ou l’apparence physique, qui nourrissent l’exclusivisme et le racisme, comme l’ont montré les événements dramatiques de Yougoslavie, du Rwanda et, aujourd’hui, de Côte d’Ivoire. L’identité est une question de relation à l’autre et de partage. Les identités ne peuvent être que fluides et plurielles, c’est le constat qu’ont fait tous les scientifiques : en biologie : Roland Jacquard, André Laganey ; En psychologie et psychiatrie : Eric Erikson, Jacques Lacan, Françoise Dolto ; en anthropologie : Claude Lévi-Strauss, Georges Balandier ; en philosophie : Paul Ricœur, Michel Serres ; en histoire : Fernand Braudel, qui écrivait : « L’identité de la France est un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges ». Ceci implique une variabilité des identités dans l’histoire : les notions de pureté et de pérennité associées à l’identité n’ont pas de sens. Claude Lévi-Strauss, de son côté, la concevait comme : « une sorte de foyer virtuel auquel il nous est indispensable de nous référer pour expliquer un certain nombres de choses mais sans qu’il ait d’existence réelle ». Cela signifie, d’une part, que tout individu est rattaché à une multitude de groupes dans lesquels il évolue au cours de son existence, de nouveaux s’ajoutant toujours aux anciens, qu’il s’identifie plus ou moins fortement à certains d’entre eux selon les situations dans lesquelles il se trouve ; d’autre part, que tout groupe humain est le résultat momentané et éphémère de migrations, de rencontres et de mélanges. Il n’y a pas d’identité immuable, fermée. L’identité est fluide, ouverte, changeante.
Pour simplifier et schématiser, on pourrait dire que l’identité, si on la considère comme un donné essentiel et immuable auquel les individus ne pourraient échapper, n’existe pas ; il n’en reste pas moins que les sentiments d’appartenance ou la croyance en une identité sont les moteurs de comportements individuels et collectifs dont les conséquences peuvent être tragiques.
Les fonctions du discours identitaire Les discours identitaires sont prononcés le plus souvent en situation de crise, de malaise social. Ils ont cinq fonctions que l’on peut résumer par les verbes suivants :
DIRE
RELIER
CHOISIR
DISTINGUER
RASSEMBLER
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Denis-Constant Martin est sociologue, et politologue, spécialiste de l’Afrique australe et orientale. Il est directeur de recherches au CERI (Fondation nationale des sciences politiques).
Cette conférence a été publiée ainsi que bien d’autres dans le livre récapitulatif du cycle « Identités », que vous pouvez commander directement auprès du Centre Hâ 32.